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Communiqué de presse, Banlieues, 2012

Communiqué de presse, Banlieues, 2012

Banlieues
Heidi Wood
Les Réservoirs, Limay
du 9 mars au 15 avril 2012

Le jumelage de villes de différents pays apparaît dans les années 1950, dans le but de favoriser le dialogue culturel et réduire ainsi les incompréhensions et les antagonismes qui avaient rendu possible les deux guerres mondiales et toutes les autres. Le jumelage est donc un projet de fraternité utopique, activé au niveau des communes, plutôt qu'à celui des états, toujours suspects de nationalisme et d'intérêts dits supérieurs.

Au même moment, le modernisme tardif trouve ses formulations les plus pures dans la critique d'art et la peinture abstraite américaines. Il y aurait donc une surprenante correspondance, au moins historique, entre ces deux utopies que sont le dialogue entre les cultures et l'affirmation d'une eschatologie moderniste ancrée nationalement.
Depuis, la pratique du jumelage a perdu en ambition avant-gardiste ce qu'elle a gagné en fonctionnement administratif et le vocabulaire formel du modernisme pictural a été largement récupéré par les professionnels de la publicité, de la communication, du graphisme et du design. A Limay, Heidi Wood met en relation ces deux héritages en proposant de jumeler cette petite ville des Yvelines et celle de Wheelers Hill, banlieue de Melbourne, en Australie. L'artiste imagine les offices de tourisme des deux villes, ornés de photographies, tableaux et peintures murales. Comme dans l'ensemble de son travail, le registre formel utilisé par Heidi Wood tient autant de l'abstraction géométrique que du logo et de la communication visuelle, troublant ainsi la nature de ce que l'on est en train de regarder. La greffe est d'ailleurs au principe de la plupart des procédures formelles utilisées : peinture à l'huile sur tissu d'ameublement synthétique, photographie et graphisme numérique en diptyque, confrontations de deux couleurs en aplat, coexistence du dessin d'observation et d'économies fictives complexes.

La banlieue, qui est à la fois le lieu et l'objet de ce projet, se définit elle-même comme greffon : fantasme d'union de l'urbain et du champêtre, rêve de ville nouvelle, elle répond également à des représentations fondamentalement différentes en France, où elle incarne l'exclusion et la menace, et dans le monde anglo-saxon, où elle est une zone résidentielle. Dans les deux cas, ce sont des questions d'image(s). Signalons enfin que lorsqu'une greffe ne prend pas, on parle de "rejet".

Karim Ghaddab.