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art press n° 355, avril 2009

art press n° 355, avril 2009

Compte rendu d'exposition de Didier Arnaudet
Heidi Wood
Image/Imatge (Orthez)
Ecole supérieure des arts et de la communication (Pau)
16 janvier à 7 mars 2009

Heidi Wood s'interroge sur la découpe du monde imposée par les codes de communication. La fragmentation qui en découle vise un éclairage voué à la compréhension du message, sans jamais prendre le risque de l'intrigue, de la vacillation, voire du vertige. S'interroger pour cette artiste, consiste à complexifier cet éclairage, à varier les angles d'approche, à mobiliser l'acuité glissante, troublante mais féconde, et donc à élargir la capacité d'un ensemble de pratiques et d'un vocabulaire de formes issues de l'espace urbain, de la signalétique et d'une certaine codification du modernisme, dans les allées et venues entre l'usage commun et le décalage inattendu.

A Orthez, l'exposition a pour aiguillon principal Mount Isa, riche cité minière située au nord-est de l'état de Queensland en Australie. Cette ville se caractérise par une vaste étendue urbaine sans qualité qui se développe autour d'une industrie prospère. Heidi Wood associe chacune de ses photographies d'une architecture individuelle, banale, abrupte, - entre le ciel bleu outremer et le sol ocre rouge - à un collage d'adhésifs de décoration, qui dessine l'ombre rudimentaire, tranchante des bâtiments miniers ; elle met cet ensemble en situation dans un décor de peinture murale inspirée de cette spécificité géométrique et fonctionnelle. La cohabitation des images est assurée de manière efficace ; elle souligne, avec habilité, leur différence pour mieux accentuer la singularité de leur coexistence. Pour les saisir en même temps dans toute leur antinomie et la violence de leur voisinage, la juxtaposition laisse voir à la fois des combinaisons ouvertes par l'ambigüité et les possibilités de l'alternative dans la manifestation, successive et discontinue, de la légéreté et de la pesanteur, de la rigueur et de la dérive, de la rudesse de la frontalité et des phénomènes atmosphériques de conciliation.

A Pau, Heidi Wood puise dans les ressources de l'identité visuelle des architectes Beckmann et N'Thépé trois motifs abstraits convoqués dans trois couleurs qui s'inscrivent et agissent dans le déploiement d'une grande peinture murale. Le désir extrême de netteté et de clarté conduit à une sorte de renversement de proposition où s'affirme une vigueur d'indétermination qui s'ouvre sur un jeu positif de déperdition et de reconstruction, d'ancrage et d'instabilité.

Heidi Wood semble constamment activée par un besoin de confrontations et d'articulations entre figuration et abstraction, fragment de réalité et principe de représentation, impératif de signalisation et récurrence décorative, et par un souci d'ajustement, tout en tonicité, pour produire une pluralité cohérente d'images qui se réfèrent les unes aux autres, se motivent mutuellement, et pour tout dire, se conjuguent, sans se confondre, dans une même énergie.

A la galerie Anne Barrault, à Paris, du 18 octobre au 20 décembre 2008, Heidi Wood a proposé une exposition évolutive, marquée par un turn-over hebdomadaire.