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Fabienne Fulchéri, 2002

Fabienne Fulchéri, 2002

Texte de catalogue
La Maison de banlieue
Exposition pérsonnelle
Espace d'Art Contemporain Camille Lambert, Juvisy
du 28 septembre au 26 octobre 2002

Ces dernières années, la multiplication des centres d’art et musées nous avait fait presque oublier que la peinture n’était pas seulement destinée à devenir une icône culturelle, mais qu’elle avait également comme finalité d’orner plus prosaïquement nos intérieurs. Entre les cimaises d’un blanc « irréprochable » des institutions culturelles et l’espace exigu situé au-dessus du canapé du salon, bien des idéaux artistiques ont sans doute été remisés au placard. Cette réalité que l’on préfère souvent éluder revient comme un boomerang dans l’œuvre d’Heidi Wood. L’artiste interroge sans détour et avec humour les paradoxes de la peinture, objet d’art et de consommation à la fois. Dans ses travaux les plus récents, intitulés « Serving Suggestions », elle met en scène ses tableaux dans des aménagements intérieurs intégrant du mobilier et des revêtements de sol. Présentés à la manière des showrooms des grands magasins de décoration, elle joue crânement la carte de la séduction en donnant à voir ce qui pourrait être un possible environnement pour ses œuvres. Superposant démarche artistique et stratégie marketing, Heidi Wood fait converger deux visions a priori fort éloignées, et réussit à démonter les rouages d’un système consumériste que tout le monde s’accorde à trouver pervers sans pouvoir en proposer un meilleur, tout en démontrant de façon imparable son efficacité.

Appartenant à la même lignée, les installations conçues pour le centre d’art Camille Lambert n’obéissent cependant pas à la même logique marchande : le mobilier ayant disparu, l’illusion du corner cède la place à celle d’un appartement témoin. L’exposition, intitulée « La Maison de banlieue », nous ramène au contexte géographique dans lequel s’inscrit le centre d’art. De façon encore plus affirmée qu’auparavant, l’artiste nous transpose dans un univers qu’elle investit totalement. Ses œuvres envahissent les murs et les sols, de même que les motifs peints sur les toiles paraissent déborder des cadres pour se projeter à l’extérieur. Cette contamination réciproque des formes et des couleurs, qui se répondent en négatif, entretient une confusion subtilement distillée depuis plusieurs années par l’artiste. Le mariage entre architecture, art et décoration est ici définitivement consommé. Scénographe de son propre travail, l’artiste fait jouer le rôle de faire valoir aux murs peints qui accueillent ses tableaux, écrins de luxe dont on ne sait plus s’ils font partie de la parure ou pas. Battant en brèche la hiérarchie des genres, Heidi Wood pose la question dérangeante du décoratif en peinture réintroduisant au sein d’une structure publique des préoccupations « bassement matérielles ».