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Frank Lamy, 2007

Frank Lamy, 2007

Texte de catalogue - Heidi Wood, Oeuvres de 2001 à 2007
Editions Filigranes

En 1997, quand je rencontrai Heidi Wood, elle se livrait un travail de sape des formes d’un modernisme mâle et conquérant, envahissant la sphère visuelle. Ses polyptiques annonçaient les développements récents de son œuvre. J’aimai cette mise en crise des idéologies dominantes en l’indexant sur des fondements picturo-linguistiques. Cette mise en équivalence des verbes irréguliers anglais (le système, la règle, l’exception) et l’invention de formes abstraites évoquant des versions abâtardies du modernisme filtré à l’aune du tout design, du tout graphique, participait déjà de ce troisième degré qu’évoque Stephen Wright, une sorte de troisième voie.
Un grand tournant s’est opéré en 2001, pour l’exposition « quotidien aidé (LES LOCATAIRES) », avec l’apparition des « Serving Suggestions » (que l’on pourrait traduire en français par suggestion de présentation). A partir de ce moment, elle travaille et questionne les relations complexes, fragiles, contradictoires, futiles, nécessaires, intimes, forcées… entre le tableau et son alentour. Cette réflexion, fort bien analysée par Philippe Coubetergues, passe par différentes étapes. Le tableau n’est plus seul, il est accompagné, présenté, mis en valeur. Un décor pour un tableau, un tableau pour un lieu, une mise en scène fugace pour une photographie, une exposition… Reliant monstration et stratégie marketing, elle mêle les registres économiques et décoratifs, les niveaux de lectures, pelliculant un véritable mille feuille.

Une question essentielle se posait déjà : où, exactement, se situe l’œuvre ? Dès ce moment, le travail d’Heidi se construit sur un trouble. Il est confus. Je veux dire par là qu’il occupe un terrain troublé et qu’il joue de la confusion. Des genres et des attitudes. Brouillant délibérément les pistes, elle accorde autant d’importance au tableau, sa mise en scène, son décor, les éléments qui l’accompagnent, la trace de sa mise en scène, etc. Ses expositions jouent de ces accumulations de strates de natures diverses, procédant ainsi à une forte perturbante (pour le puriste) dé-hiérarchisation des valeurs. Dès lors, c’est à un art de projet, un art d’attitude qu’elle s’adonne.

Peu à peu sortant du confortable cadre domestique où elle a pu expérimenter et fonder sa réflexion, elle se confronte à l’espace public (Paris 10e arrondissement, Los Angeles, Budapest…). Quelques excursions dans des vitrines de magasins avaient déjà amorcé le processus. Mais, renouant peut-être avec les préoccupations des avant-gardes (pour qui on le sait structures sociales et formes étaient fondamentalement liées par l’idéologie) elle décide d’infiltrer le réél à la manière d’un spam.

Aujourd’hui, son attachement se porte plus précisément aux formes vulgaires, vernaculaires de la culture visuelle mondialisée. Jouant des pouvoirs de l’image, elle œuvre entre fiction et réalité, précisément à cet endroit là, sur cette frontière indiscernable. Elle s’installe au cœur du symbolique. Et c’est de l’authenticité dont il est fondamentalement question.